Jardin urbain : trois aménagements sans pelouse

Jardin urbain : trois aménagements sans pelouse

Extérieur, Jardin et plantes

Oubliez le gazon ! Dans un jardin de ville, une pelouse est loin d’être un must. C’est avant tout une perte de temps, puisqu’il faut tondre, entretenir les bordures, mettre de l’engrais... Trois couples nous prouvent qu’il est possible de faire autrement. Ils ont résolument opté pour des plantes, de l’eau ou des ardoises.

Collines urbaines

Hilde et Sigi ont un jardin d’un peu moins de 100 m2 à l’arrière de leur maison à Molenbeek-Saint-Jean. Et ce jardin, ils le voulaient vert. De préférence luxuriant, coloré et frivole au fil des saisons. Histoire de faire un pied-de-nez aux constructions denses et aux murs urbains qui l’emprisonnent. Et pourtant, les plantes n’ont pas été étalées à qui mieux mieux. Une terrasse pour le matin, proche de la maison, et une terrasse pour la fin de journée, à l’arrière: voilà ce qu’il en est. Un sentier relie les deux terrasses, comme un chemin ayant tracé sa propre voie, repoussant les terres à gauche et à droite, en petites collines. En hiver, ces dernières sont à peine visibles. Elles apportent un certain relief au jardin. Au printemps, elles disparaissent sous les jeunes feuilles, se parant de fleurs et de jolies couleurs. Les plantes vivaces donnent le ton. Sans exception, ces plantes permettent un résultat rapide. Dès la première année, elles forment un bel ensemble, avec une floraison abondante et étalée dans le temps, qui trouve son apogée entre août et septembre, lorsque les Persicaria, Echinacea et autres Rudbeckia jouent à qui sera la plus belle.

Le sentier, réalisé avec des dalles sciées en diagonale, se montre docile face au monde végétal. Au fil des ans, il s’intégrera encore davantage dans le jardin. L’espacement entre les dalles va en effet être grignoté, englouti par un tapis de Leptinella dioica «Minima», centimètre par centimètre. Le géranium de jardin, l’asaret et la céraiste s’insinuent eux aussi dans le sentier. Ce n’est que lorsqu’ils gêneront le passage qu’ils seront repoussés ou taillés, mais le moins possible. Les plantes dégagent un parfum à chaque contact, mais aussi lorsque les feuilles sont écrasées. Chaque odeur est une valeur ajoutée au jardin. Tout comme le jardin se pare de nouvelles couleurs au fil des semaines, ses senteurs évoluent. Lorsque l’agastache est en fleur, c’est un véritable régal olfactif. Les murs d’enceinte du jardin sont à cet égard idéaux pour préserver ce doux parfum. Cette caractéristique typique d’un jardin de ville présente d’autres avantages : le microclimat entre les murs permet une floraison plus rapide et protège les plantes de la froidure hivernale, des pluies trop intenses et des bourrasques ravageuses.

© Floris Steyaert

Conception : Floris Steyaert

De l’eau pour apaiser le regard

C’est en ayant eu l’expérience d’un jardin où les plantes étaient difficiles à réfréner et qui ne présentait que peu d’attrait visuel, que Lieve et Pieter ont opté pour une transformation radicale. Ils avaient envie d’un étang. C’est aujourd’hui chose faite, avec un plan d’eau de belles dimensions, qui remplit l’espace, est très proche de la porte arrière, et englobe même l’angle de la maison.

Miriam de Smet

Tout ce qui bouge dans l’eau, à la surface ou au-dessus, se perçoit depuis la maison et la terrasse. Telle était d’ailleurs la mission de l’architecte de jardin. De nombreux koï et ides mélanotes peuplent l’étang, peut-être un peu trop pour ce plan d’eau pourtant vaste. Mais tel est le choix de Lieve et Pieter. Les poissons colorés et majestueux apportent une belle valeur ajoutée à l’expérience du jardin. Signalons tout de même que cette abondance de poissons implique d’aspirer les déjections une fois par mois pour préserver l’eau. Mais c’est à peu près tout ce que l’étang demande comme entretien, l’installation de biofiltration s’occupant du reste. Les plantes aquatiques, et principalement les lys jaunes, contribuent à la santé et à la clarté de l’eau, tout en apportant de la couleur. L’érable japonais, sur l’îlot végétal, vient accentuer le plan d’eau en s’y reflétant joliment. Ce buisson doit encore gagner en caractère, mais il forme d’ores et déjà une belle harmonie orientale avec le bambou (Phyllostachys) et l’herbe du Japon (Hakonechloa macra).

En comparaison avec un jardin traditionnel, avec du gazon et des plantes, ce jardin avec plan d’eau a coûté plus cher. C’est en grande partie dû au fait que le jardin est entouré d’autres jardins, et donc totalement inaccessible aux engins de chantier. Ajoutons aussi qu’un soin particulier a été accordé à la parfaite réalisation du plan d’eau, des terrasses et des zones plantées. Voilà un jardin qui a certes nécessité un certain budget, mais qui ne demandera plus que très peu d’entretien. Même la tondeuse est superflue…

Miriam de Smet

Conception : Dominic Christiaens

Un tapis de pierres à la place du gazon

Magina et Richard vivent en plein cœur de Saint-Trond. Ils ont acheté une maison dont le jardin, à l’arrière, était occupé par trois chambres froides pour des fruits. Une fois celles-ci détruites, le couple a voulu aménager un jardin, mais pas un jardin traditionnel. En effet, le jardinage n’est pas leur tasse de thé… L’espace ouvert devait avant toute chose être le prolongement de la maison, avec de la place pour s’asseoir et profiter de l’endroit.

Juste derrière les grandes fenêtres coulissantes de la cuisine et du séjour, une vaste terrasse vous invite à vous installer, à deux, entre amis ou en famille. Un plan d’eau a également été intégré dans cette terrasse. Quelques marches plus bas, la pièce maîtresse du jardin : un vaste tapis d’ardoises, dont la couleur grise met en valeur tous les autres éléments du jardin. Le jardin dans sa globalité, bien sûr, mais aussi le cornouiller qui, souligné d’un trait de buxus, apporte une touche de verdure. Magina et Richard n’ont pas regretté un seul instant cette alternative originale au gazon. Que du contraire. Bien plus qu’une pelouse, les ardoises sont apaisantes et confèrent un sentiment d’espace. Et elles ne sont pas monotones pour autant. Leur teinte grise n’est en effet qu’un instantané : en fonction de la température et des précipitations, elles se parent d’une vaste palette de nuances, du presque blanc au noir d’encre.

Phil Tubbax

Une deuxième petite terrasse se trouve à l’arrière du jardin, pour profiter du soleil dans des transats. Cet aménagement souligne la polyvalence du tapis d’ardoises. Il n’y a ni avant ni arrière, mais un avant-plan, peu importe votre point de vue.

Pour autant d’avantages, les inconvénients sont minimes. « L’entretien est absolument négligeable. Il faut de temps en temps arracher une mauvaise herbe qui a réussi à pousser envers et contre tout… Et à l’automne, il faut balayer quelques feuilles, celles du cornouiller, mais aussi celles des arbres des voisins. »

Phil Tubbax

Conception : Kristof Warnants

Texte Marc Verachtert
Photo d’ouverture Miriam de Smet

Pas trouvé ce que vous cherchiez?

Essayez à nouveau dans notre moteur de recherche.

En relation