Édito : Mauvaises réponses

Édito : Mauvaises réponses

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Performance énergétique, confort de l'habitant et nécessité du vivre dehors... Présenter un projet de construction aussi beau et confortable qu'économiquement et écologiquement avantageux n'est pas toujours évident, comme le démontre notre rédacteur en chef Éric Cloes.

Décidément, tout changement de cap reste bien difficile à opérer. Alors que les éléments naturels comme le réchauffement climatique et la pandémie de Covid-19 se conjuguent pour nous inciter à revoir nos modes de vie et de construction, beaucoup d’entre nous campent toujours sur leurs anciennes positions. Ainsi, lors d’une récente réunion de la Commission consultative de l’aménagement du territoire et de la mobilité (CCATM) de ma ville, un architecte présentait son projet immobilier d’une cinquantaine d’appartements et d’une dizaine de maisons. Le but était de convaincre les citoyens présents que son projet était qualitatif et qu’il était donc judicieux que la Commission émette un avis favorable.

Globalement, le projet présentait certaines qualités, mais c’est au jeu des questions-réponses que cela a dérapé. À la question de la performance énergétique des logements, la réponse laconique « nous respectons les normes » nous a été servie sans autre commentaire. À la question subsidiaire de savoir pourquoi le standard Q-ZEN, obligatoire en Wallonie à partir du 1er janvier prochain, n’avait pas été utilisé comme norme de référence, la mauvaise réponse est tombée comme un couperet : « le prix supplémentaire que cela aurait coûté ne nous aurait plus permis de rendre nos logements accessibles au plus grand nombre ». Donc, si l’on comprend bien, les moins nantis pourront acheter un appartement qui ne répondra plus aux normes et consommera davantage d’énergie pour toute sa durée de vie. Avec, à la clé, une valeur vénale revue à la baisse…

Tant que certains promoteurs et architectes se dédouaneront de leurs choix dépassés par des argumentations qui ne tiennent pas la route, il y a de grandes chances que le changement se fasse attendre encore longtemps.

D’autre part, alors que le « vivre dehors » a le vent en poupe – la demande pour un jardin ou une terrasse a doublé depuis le début de la crise sanitaire –, ce même projet fait la part belle aux balcons inutilisables. Comme je m’en étonnais, j’ai reçu les (mauvaises) réponses suivantes : « notre projet a été conçu avant la crise sanitaire » et « le fonctionnaire délégué de la Région n’est pas favorable aux terrasses en saillie, et les terrasses en retrait se font au détriment de la surface de vie intérieure… » Or ces réponses ne permettent en rien de justifier ce choix architectural malheureux. Car un balcon dont personne ne peut rien faire représente un coût totalement inutile, qui permet uniquement au promoteur de vendre des appartements « avec espace extérieur ».

Tant que certains promoteurs et architectes se dédouaneront de leurs choix dépassés par des argumentations qui ne tiennent pas la route, et que les pouvoirs locaux ne prendront pas des positions plus catégoriques pour insuffler un vent nouveau sur le logement, il y a de grandes chances que le changement se fasse attendre encore longtemps. Et ce, au détriment du plus grand nombre que l’on prétend servir…

Texte Éric Cloes, Rédacteur en chef

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