Comment chauffer une maison Q-ZEN ?

Comment chauffer une maison Q-ZEN ?

Chauffage central

En Wallonie, on parle de plus en plus d’habitations Q-ZEN, à savoir « quasi zéro énergie ». La Région bruxelloise et la Flandre ont également leurs exigences en la matière. Ces nouvelles règles vont-elles modifier notre approche du chauffage et de la production d’eau chaude ? Le recours aux énergies renouvelables deviendra-t-il bientôt incontournable ?

Conformément à la directive européenne EPBD (Energy Performance of Buildings Directive), tout nouveau bâtiment construit à partir de 2021 devra répondre aux normes NZEB (Nearly Zero Energy Building). L’objectif de l’Europe est de réduire drastiquement l’impact environnemental des bâtiments et de promouvoir le recours aux énergies renouvelables.

Toutefois, la définition européenne d’un bâtiment à consommation d’énergie quasi nulle reste assez large. Il s’agit d’un « bâtiment aux performances énergétiques très élevées ». « La quantité quasi nulle ou très basse d’énergie requise doit être couverte dans une très large mesure par de l’énergie produite à partir de sources renouvelables, sur place ou à proximité. » En Belgique, chaque région a bien sûr établi sa propre stratégie pour atteindre les normes NZEB. Les autorités flamandes ont traduit cette directive en 2013 sous la dénomination BEN (bijna-energieneutraal). Les autorités wallonnes, quant à elles, parlent depuis 2017 du standard Q-ZEN.

Comment atteindre les niveaux requis ?

Nous ne parlons ni de bâtiments passifs ni de bâtiments pour lesquels presque aucune énergie ne pourra être dépensée pour assurer le confort climatique, mais bien d’habitations affichant une haute performance énergétique. Les normes Q-ZEN et BEN ne représentent pas une révolution mais bien une évolution des exigences PEB. L’effort à produire est notable mais pas insurmontable. Comparé aux exigences actuelles, l’amélioration de la performance énergétique est de l’ordre de 30 %.

Il n’y a pas une seule voie mais bien de nombreuses combinaisons possibles pour atteindre les exigences requises pour 2021. La solution consiste à poursuivre les efforts entrepris depuis plusieurs années déjà pour abaisser la consommation énergétique des logements, et à pousser plus en avant les points laissés de côté dans la qualité de l’enveloppe et la performance des systèmes intégrés dans nos bâtiments.

Les grands principes de la construction éco-énergétique sont de mise :

  • Conception bioclimatique : valorisation des apports solaires tout en évitant la surchauffe (bonne orientation du bâtiment, agencement réfléchi des différentes pièces, gestion de l’ombrage, inertie thermique…).
  • Isolation performante des parois afin de réduire au maximum les pertes d’énergie et de rencontrer au minimum le niveau K35 (en Wallonie) ou S28 (en Flandre).
  • Étanchéité à l’air poussée de l’enveloppe du bâtiment : voilà un point d’attention important et encore trop souvent négligé dans les constructions actuelles. Le degré d’étanchéité à l’air d’un bâtiment influence fortement son confort et sa performance énergétique (un test d’étanchéité à l’air permet de valider les mesures).
  • Ventilation hygiénique efficace bien dimensionnée et correctement réglée, garantissant la qualité de l’air en le renouvelant de manière continue, tout en limitant les pertes de chaleur.
  • Système de chauffage et de production d’eau chaude performant, parfois innovant, mais surtout bien dimensionné.
  • Intégration des énergies renouvelables autant que possible.

En Wallonie, il n’y a pas d’obligation d’intégrer des énergies renouvelables dans les bâtiments Q-ZEN, même si leur intégration influence positivement les valeurs Ew et Espec. Le maître d’ouvrage doit toutefois faire réaliser une étude analysant la pertinence de recourir à ces sources d’énergie renouvelables. Cette mission sera obligatoirement confiée à un auteur d’étude de faisabilité agréé.

En Flandre, la rencontre des exigences BEN implique le recours aux énergies renouvelables (15 kWh/m2 par an), peu importe la forme (voir encadré ci-contre).

Comment produire la chaleur nécessaire ?

Le chauffage des locaux

La demande de chaleur d’une habitation Q-ZEN ou BEN est relativement faible mais loin d’être négligeable. Nous ne sommes pas à la hauteur des exigences des bâtiments passifs. Il ne faut dès lors pas s’imaginer que le système de chauffage est anecdotique ! La consommation spécifique en énergie primaire autorisée par la norme Q-ZEN peut aller jusqu’à 85 kWh/m2 en Wallonie, contre 115 kWh/m2 actuellement !

Il est donc nécessaire de prévoir un système de chauffage pour assurer le confort thermique dans toutes les pièces de l’habitation. Au vu de la qualité de l’enveloppe et de sa bonne étanchéité à l’air, on optera idéalement pour un système à basse température qui s’appuie sur un chauffage par le sol (ou un chauffage mural) ou sur des radiateurs basse température.

La production d’eau chaude sanitaire

Il faut par ailleurs produire de l’eau chaude sanitaire (ECS). En effet, nos besoins en ECS ne diminuent pas parce que notre bâtiment est performant. Et l’on parle ici de haute température (55 à 60 °C). L’objectif Q-ZEN est de limiter les pertes d’énergie dues au stockage et à la distribution, en recourant à un système performant, en réduisant au maximum les longueurs de conduites et en isolant parfaitement ces dernières. On équipera aussi les points de puisage d’un mitigeur thermostatique et d’une douche de tête ou douchette à main économe en eau.

Une étude réalisée à la demande de la Région wallonne révèle que les systèmes de chauffage offrant le meilleur rapport coût/performance sont, dans l’ordre :

  1. les chaudières gaz à condensation ;
  2. les pompes à chaleur présentant un coefficient de performance (COP) élevé ;
  3. les systèmes fonctionnant à la biomasse (pellets…).

Le chauffage hybride

Se tourner vers une solution de chauffage hybride, intégrant une pompe à chaleur air/eau et une petite chaudière gaz à condensation, constitue une solution intéressante. La pompe à chaleur rencontre la majeure partie des besoins en chauffage tandis que la chaudière gaz assure les besoins de haute température nécessaires à la production d’eau chaude et aux pointes de chauffage lors des jours de grand froid. Cette solution rencontre en outre l’exigence, en Flandre, de recourir à un minimum d’énergies renouvelables.

En couplant une pompe à chaleur ou une chaudière hybride à une installation photovoltaïque, vous pouvez même vous rapprocher d’un bâtiment totalement neutre en énergie, voire à énergie positive !

Les exigences en matière d’écoconception

Depuis septembre 2015, la directive européenne en matière d’écoconception impose que les chaudières gaz ou mazout mises sur le marché appartiennent au minimum à la classe énergétique B. Les pompes à chaleur doivent pour leur part entrer dans la classe énergétique A+ (ou mieux). Les appareils de chauffage fonctionnant avec des combustibles solides ou extraits de la biomasse ne sont pas encore concernés (des réglementations spécifiques entreront en vigueur en 2020 et 2022).

Le calcul PEB actuel déduit l’énergie primaire produite de l’énergie primaire consommée. Gardez bien à l’esprit que même un bâtiment zéro énergie n’est pas un bâtiment zéro émissions. Un bâtiment peut par exemple consommer une certaine quantité d’énergie fossile en hiver, virtuellement compensée par la surproduction photovoltaïque en été. Si l’on pousse ce raisonnement à son paroxysme, on pourrait transformer une passoire énergétique en maison « zéro énergie net » en l’accolant à un champ photovoltaïque ! Fort heureusement, les critères de qualité que doit rencontrer l’enveloppe contrecarrent ce genre d’aberration…

En conclusion

Donnez toujours priorité à la qualité de l’enveloppe de votre bâtiment. Ces choix sont pérennes et plus difficilement modifiables. Les besoins réduits en énergie seront rencontrés par la mise en place de systèmes de chauffage et de production d’eau chaude performants, correctement dimensionnés et bien entretenus. Ceux-ci pourront facilement être remplacés dans le temps par de nouvelles solutions plus efficaces encore, que les évolutions technologiques futures nous apporteront !

Q-ZEN/BEN, de quoi parle-t-on ?

Depuis l’entrée en vigueur de la PEB, les normes énergétiques se sont progressivement durcies afin de nous amener à rencontrer les exigences « Nearly Zero Energy Building » imposées pour 2021 (lire à ce sujet l’article paru dans Je vais Construire n° 417 – février 2019).

Mais qu’est-ce qui se cache derrière les acronymes Q-ZEN et BEN ?

En Wallonie, tout nouveau logement, qu’il s’agisse d’une maison ou d’un appartement, sera qualifié de Q-ZEN s’il répond aux sept conditions suivantes :

  • valeur Umax des différentes parois (toits, murs, sols, fenêtres, portes…) répondant aux exigences spécifiques ;
  • niveau K inférieur ou égal à 35 ;
  • niveau Ew inférieur ou égal à 45 ;
  • niveau Espec inférieur ou égal à 85 kWh/m2/an ;
  • indicateur de surchauffe inférieur à 6 500 Kh ;
  • installation de ventilation conforme aux normes en vigueur ;
  • intégration favorisée d’énergies renouvelables.

En Flandre, six conditions doivent être respectées :

  • valeur Umax des différentes parois (toits, murs, sols, fenêtres, portes…) répondant aux exigences spécifiques ;
  • niveau E inférieur ou égal à 30 ;
  • niveau S inférieur ou égal à 28 (nouveau critère introduit en 2018) ;
  • indicateur de surchauffe inférieur à 6 500 Kh ;
  • installation de ventilation conforme aux normes en vigueur ;
  • intégration obligatoire d’énergies renouvelables (au minimum 15 kWh/m2/an).

Enfin, Bruxelles a fait le choix du standard passif en 2015, tout en assouplissant quelque peu ses exigences en 2017. Toutefois, comme en Wallonie et en Flandre, les nouvelles constructions devront répondre aux normes NZEB dès 2021. Globalement, 85 % des constructions passives rencontrent déjà ces exigences. L’effort à produire ne sera donc pas trop important.

L’intégration obligatoire des énergies renouvelables en Flandre

En Flandre, toute nouvelle construction doit produire au moins 15 kWh/m² d’énergie par an à l’aide de sources renouvelables. Pour y parvenir, vous pouvez choisir parmi les options suivantes (éventuellement combinées) :

  • chauffe-eau solaire ;
  • panneaux photovoltaïques ;
  • pompe à chaleur ;
  • chauffe-eau thermodynamique ;
  • chaudière biomasse ;
  • raccordement à un réseau de chauffage ou de refroidissement urbain ;
  • participation à un projet d’énergie renouvelable commun, réalisé dans la même province et reconnu par les autorités (accord de participation).

Cette obligation de quote-part minimum d’énergie renouvelable disparaît si le niveau E se situe 10 % en dessous de l’exigence légale.

Des résultats encourageants

En analysant sa base de données PEB, la Région wallonne a relevé les bâtiments nouvellement construits qui atteignent déjà les critères Q-ZEN, avec ou sans recours aux énergies renouvelables :

  • 50 % des logements Q-ZEN encodés à ce jour ont atteint les exigences sans recourir au renouvelable ;
  • 36 % les ont atteintes avec du solaire photovoltaïque ;
  • 14 % les ont atteintes avec des énergies renouvelables autres que du solaire photovoltaïque.

Ces chiffres confirment que les exigences Q-ZEN peuvent aisément être rencontrées dès à présent et que les combinaisons pour y arriver sont multiples !

Texte Benoît Bilocque – Econologic

Photo Focus

Pas trouvé ce que vous cherchiez?

Essayez à nouveau dans notre moteur de recherche.

En relation