Chanvre et lin: des plantes à bâtir

Méthodes de construction

D'autres matériaux, pourtant connus depuis des millénaires, font aujourd'hui leur entrée dans le secteur de la construction.

L’éco-construction allie économie et qualité environnementale. Maisons en bois, briques naturelles, énergies renouvelables, chaudières à pellets ou à céréales, toitures végétales… ont d’ores et déjà fait leurs preuves. Mais d’autres matériaux, pourtant connus depuis des millénaires, font aujourd’hui leur entrée dans le secteur de la construction.

Pour mémoire…

Chaque année, le secteur du bâtiment produit plusieurs millions de tonnes de déchets, matériaux divers (plastique, aluminium, plâtre…) difficiles à séparer et à recycler, entraînant des gaspillages énergétiques, la création de nouvelles décharges et des risques de pollution de l’eau et des sols par des produits potentiellement toxiques. En outre, l’énergie liée à la fabrication, au transport et à la mise en oeuvre des matériaux synthétiques (dite “énergie grise”) est nettement supérieure à celle liée à la production des matériaux naturels peu transformés. Ainsi, la qualification de “matériaux écologiques” n’intègre pas uniquement l’impact sur l’environnement ou sur la santé ; elle implique également la prise de conscience de l’existence des énergies grises. En conclusion, les matériaux écologiques respectueux de notre planète bleue répondent aux critères suivants : matériaux issus de ressources renouvelables, peu énergivores, ne produisant pas d’émanation toxique, durables, recyclables et exempts de déchets toxiques en fin de vie ! À méditer…

Matériaux du futur pour la construction

Parmi les matériaux prometteurs dans le domaine de l’éco-construction, on retrouve aujourd’hui le chanvre et le lin. Leur culture permet de protéger les sols contre l’érosion, de favoriser la biodiversité, etc. La fabrication, la transformation, l’entretien et le recyclage de ces matériaux économisent l’eau et l’énergie et permettent le stockage du CO2. Enfin, le chanvre et le lin poussent sans aucun engrais ni traitement chimique. Après leur récolte, ils laissent un sol débarrassé des mauvaises herbes et meublent les paysages d’une manière plus saine que les cheminées industrielles qui gâchent nos tableaux campagnards. Dans le monde entier, l’industrie du chanvre et du lin est en plein essor – tous les produits possibles sont fabriqués à partir de ces matières renouvelables. Aujourd’hui, main dans la main, chanvre et lin partent à la conquête d’un nouveau segment de marché : la construction.

Les applications du lin dans la construction

Le lin fut avec le chanvre l’une des principales plantes textiles cultivées depuis l’antiquité ; peu exigeant en pesticides et en engrais, il est aujourd’hui principalement produit dans le nord de la France et notamment en Normandie pour la fabrication de tissus (la tige) et d’huiles (les graines). Les fibres courtes non utilisées par l’industrie textile sont récupérées pour l’élaboration de produits d’isolation. Cardé et aiguilleté, thermolié avec des polyesters (maximum 15 %), le lin est le plus souvent conditionné sous forme de panneaux et de rouleaux semi-rigides isolants thermiques et phoniques. On le trouve aussi en vrac ou sous forme de feutres minces.

Le lin est un matériau sain qui a une odeur neutre et qui ne contient aucun produit liant pouvant dégager des composés organiques volatiles (formaldéhydes ou autres). Le lin régule l’humidité, la chaleur et la fraîcheur. Il a un excellent coefficient de conductivité thermique (lambda = 0,037 à 0,038, soit meilleur que le chanvre, sachant que plus cette valeur est faible, plus l’isolant est efficace) et un bon pouvoir hygroscopique : la laine de lin peut absorber 10 fois plus d’eau que la laine de verre sans se détériorer.

Utilisé depuis plusieurs dizaines d’années comme matériau d’isolation dans les pays du nord de l’Europe, on ne lui connaît aucune limitation, aucun défaut quant à ses propriétés d’isolation, son impact sur l’environnement ou sur la santé des habitants. La laine de lin convient pour l’isolation des murs ou de la toiture et se travaille plus facilement que le chanvre. Les prix varient bien sûr en fonction de l’épaisseur et des fournisseurs, mais on peut en trouver à partir de 7,5 euros/m2.

Les applications du chanvre dans la construction

L’utilisation du chanvre dans la construction s’appuie essentiellement sur trois qualités de la plante : son pouvoir isolant, la résistance mécanique de ses fibres et la faible densité (110 kg/m3) de la chènevotte (son bois). Il faut également signaler la grande capacité d’absorption d’eau de la chènevotte (3,5 à 5 fois son poids). En tenant compte de ces caractéristiques, différents matériaux et diverses applications ont été développés. Le chanvre permet certaines utilisations par voie sèche (c’est-à-dire sans adjonction d’eau) comme avec l’isolant en vrac ou la laine de chanvre, mais offre aussi d’autres possibilités lorsqu’il est associé à un liant, par exemple dans les bétons, les mortiers, les enduits, etc.

Matériaux à base de chanvre disponibles sur le marché

Il existe tout d’abord des laines isolantes composées essentiellement de fibres de chanvre. Tout comme la laine de lin, la laine de chanvre se présente sous forme de rouleaux souples ou de panneaux semi-rigides, d’une épaisseur allant de 30 à 200 mm. Elle présente de bonnes caractéristiques isolantes, toutefois inférieures à celles de la laine de lin.

En isolation par voie sèche toujours, la chènevotte est utilisée sous deux formes. Après un traitement visant à les protéger contre les reprises d’humidité et le feu, les granulats de chanvre peuvent être tout simplement déversés dans les vides de construction : plancher, combles, toiture… Ils restent perméables à la vapeur d’eau et ne sont consommés ni par les rongeurs ni par les insectes.

Un autre produit sec existe et sert de sous-couche nivelante et isolante. Pour cette seconde application, la chènevotte reçoit un enrobage de bitume naturel et se présente également en vrac. Ce matériau est utilisé comme sous-couche de chapes flottantes ou de plancher. Il se pose directement sur les planchers bruts ou anciens, permettant de compenser les inégalités de niveaux, jusqu’à 20 cm de hauteur. Il offre également une isolation thermique et phonique de qualité, sans apport d’eau, avec une très faible masse volumique et une mise en £uvre rapide, sans délai de séchage.

Le ciment (ou plâtre) et le béton sont obtenus à partir de cellulose très fine. On fabrique d’abord un papier avec de la cellulose filtrée que l’on réduit ensuite en poudre. Pour finir, on mélange cette préparation avec de l’eau et de la chaux. Le mariage de la chaux et du chanvre s’est imposé parce que, mieux que toute autre association, il produit un matériau conforme aux exigences actuelles de la construction, se révélant performant et fiable. Il est également respectueux de l’environnement et de la santé.

Le résultat obtenu est une substance appelée ciment, très dure et très légère (7 fois moins lourde que les matériaux conventionnels), souple, compressible, imperméable, isolante du point de vue thermique et acoustique, imputrescible, résistante aux insectes et qui ne se crevasse pas. Pour fabriquer le béton, on peut ajouter des fibres de chanvre à ce ciment, de façon à augmenter sa résistance et éviter la contraction du matériau, mais le plus souvent, le béton est constitué de chènevotte liée à de la chaux.

Le ciment et le béton de chanvre sont adaptés à des applications très diverses. On les trouve sous forme de dalles de béton léger (isolation, rénovation…), de panneaux pour l’isolation des toitures, de matériau de remplissage de murs à ossature bois (rénovation de maisons à colombages, constructions neuves…), d’enduits à caractère décoratif, etc. Ces ciments et bétons ont en outre l’avantage de n’émettre aucune radiation !

Mais encore

L’exploitation du chanvre a récemment donné naissance aux briques de chanvre qui sont composées d’un mélange de 10 % de calcaire (ou de chaux, selon les matériaux disponibles à proximité de la construction), additionné d’eau et surtout de chènevotte. Cette mixture est coulée dans des moules où elle est laissée à sécher.

La brique de chanvre offre une réelle alternative écologique aux matériaux traditionnels : légère et isolante, régulatrice de l’hygrométrie et performante au niveau acoustique, résistante au feu, aux insectes et au gel et perméable à la vapeur d’eau, elle permet de construire des murs dans une structure porteuse, de construire des cloisons ou encore d’isoler des murs par l’intérieur ou par l’extérieur.

Valériane Munoz

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